LIONEL BAYOL-THEMINES : BIOGRAPHIE
Le design du désir

Il faut raconter le corps qui fuit dans ses images, il faut tracer cette ligne de fuite dans sa suspension tendue entre gris et blanc entre blanc et couleurs, il faut cerner l'horizon scientifique de cette transgression biotechnologique.
On peut alors faire retour sur une chronologie qu'autorise aujourd'hui une certaine maturité de l'½uvre . Le corps était d'abord exclusivement féminin, sensuellement pléthorique, du temps de l'aventure collective toulousaine du groupe Lucette Omnibus. Cette hypersexualité mise en représentation laissa logiquement place à une focalisation. Le désir comme le cadrage photographique a souvent mis le corps en pièce. Le travail d'élaboration plastique du fragment dans la série des "Nuques" en fait des objets dotés d'une nouvelle dignité. Une sorte de design du désir dont le regard serait la marque . Puis le corps entier retrouvé, en perdant sa faconde verticale, gagne une dimension statuaire. La silhouette traitée selon l'échelle de contraste minimum appelée low key met en batterie une basse fréquence, comme dessinée, des zones érogènes.
Par opposition à l'univers blanc du désir et de ses mutations le versant idéologique emprunte les couleurs criardes des productions médiatiques (1). Si la série "Courir" reporte sur les joggings individuels des couleurs supposées instituer une compétition, l'image centrale, frontale du char, évoque les guerres civiles de tous les continents. La frontalité de la majorité des portraits de super-héros renforce l'aspect identitaire du cadrage serré. Bien que réalisés à partir des figurines de plastique qui en familiarisent les identités auprès des enfants, chacun possède une étrange humanité malgré la stylisation propre à la BD ou à ses versions mangas. Les corps des super-héros, foyers de leurs extraordinaires pouvoirs, laissés hors-champ par le photographe sont remplacés par les silhouettes évanescentes d’autres corps vidéotés sur une plage surexposée. Si le titre "Heroes would save US" apparaît parodique, ces corps appartiennent à la même série de dépouilles humaines que celles des enveloppes /clones d'Orga/Muta. La fragmentation du désir anticipe de peu celle de l'organe susceptible d'une reproduction non-biologique (2). L'ensemble des dernières séries photo numériques et vidéo explorent de façon systématique la mise en kit du corps . Comme d'autres artistes qui interrogent le genre de l’être humain (le gender) et le post-humain, Lionel bayol Thémines n'ignore pas la dimension scientifique et ses conséquences. Ainsi ce sont des images d'opérations réelles qui constituent la vidéo au titre programmatique : "Comment construire de nouvelles espèces bioniques" même si elles sont utilisées métaphoriquement en duo avec d’autres sources.
Lionel Bayol-Thémines est passé avec une réelle logique du hors-norme de corps hyper féminins à la nouvelle normalisation biotechnologique unissant les deux sexes dans une nouvelle logique corporelle. La question esthétique s’est trouvée déplacée vers une fonctionnalité des surfaces sensorielles qui a suscité d’autres figures de l’humain. La numérisation de l’image renvoie aux mêmes types logiques que la mise en synthèse de peaux ou d’organes. La photographie dans ses nouveaux avatars numériques renouvelle son long cheminement commun avec l’histoire de l’identité.

Christian Gattinoni

(1)Eclairage,cadrage de proximité, haute définition couleur, placent les visages en plastiline des super-héros dans une intimité factice qui les restitue à une humanité no logo.

(2) La fluidité des media images dans le continuum photo-analogique-vidéo-digitale répond à la nouvelle logique corporelle du corps dissocié. Le cadrage large fragmente moins le corps qu’il ne lui offre un écrin d’espace, quasi clinique, où accomplir sa transformation.
10 Feb 2012 02:51