Les fêtes baroques de Bénédicte Bucher
Il est rare de pouvoir suivre un artiste dans son cheminement particulier.
Heureux regardeurs d’aujourd’hui qui, friands et connaisseurs de peinture ou non, initiés ou non, peuvent reconstruire l’itinéraire d’une plasticienne singulière. Parce qu’elle a refusé le joug de l’école des beaux-arts, où elle était bien sûr admise, considérant qu’il n’était guère possible de s’en débarrasser un jour.
Quelconque artiste ne pouvant jamais vivre de son art dans la cinquième puissance économique mondiale, à dix sept ans, elle gagne sa vie comme comédienne et préserve son travail, le vrai. Encore qu’elle aurait pu embrasser d’autres arts ; le cinéma, comme réalisatrice, par exemple, “ Mais on est trop censuré †explique-t-elle pour justifier son absence de ce milieu.
Et puis, la peinture lui a, selon ses dires, sauvé la vie. Fréquenter des célébrités n’est pas toujours de tout repos, ni toujours de bon conseil. Ensuite, personne, sinon soi-même, ne peut réparer d’éventuels dégâts. Mais un artiste authentique, comme l’est Bénédicte Bucher, ne peut être détruit que par des causes externes. Et encore. L’adversité renforce les forts plutôt qu’elle ne les désarme.
Aussi les visages de Bucher sont-ils empreints de joie, fût-elle retenue, comme soucieuse de se conserver – se préserver – elle-même.
Non contente d’être restée debout dans d’impitoyables combats, elle entend délivrer à tout le monde de “ bonnes ondes â€, susceptibles de créer une émotion, propre à renforcer la part d’humanité qui est en nous.
Car il est des époques où celle-ci s’estompe dangereusement et le peintre est là pour stimuler les autres à la vie. Démarche moins évidente qu’il n’y paraît. Le psychanalystes et quelques hommes de lettres ont suffisamment alerté sur la puissance de mort qui régit parfois les individus pour saluer comme il convient l’ascension vitale de Bénédicte Bucher. A cette fin, elle ambitionne de faire vibrer la lumière, de faire en sorte que la matière s’évanouisse dans la matière.
Ainsi éclate l’état d’âme, la tendresse, ce mystère qui veut que la vie soit cet hymne à l’existant qui ne peut défriser que les pisse-vinaigre. Car les adeptes de la pulsion de mort ne baissent jamais les bras, spécialement quand ils se sentent menacés dans les pouvoirs exorbitants qu’ils se sont octroyés dans les sociétés dites développées et où, là aussi, des personnes ont faim. Pas seulement faim de nourriture ; d’émotions aussi, d’art, même s’ils ne savent pas toujours le formuler. Car les outils pour ce faire ne sont toujours délivrés qu’aux nantis quand quiconque est capable de grandes émotions. C’est donc à quiconque que Bénédicte Bucher, qui utilise ses doigts pour impulser directement vie et lumière à ses visages et pay-sages, s’adresse. Parce que quiconque doit être la vie elle-même.
Patrice Fardeau, 11 Septembre 2003
Article paru lors de l’exposition « 30 ans de Peinture » du 10 au 14 octobre, à l’usine à bâches à Pantin.
Il est rare de pouvoir suivre un artiste dans son cheminement particulier.
Heureux regardeurs d’aujourd’hui qui, friands et connaisseurs de peinture ou non, initiés ou non, peuvent reconstruire l’itinéraire d’une plasticienne singulière. Parce qu’elle a refusé le joug de l’école des beaux-arts, où elle était bien sûr admise, considérant qu’il n’était guère possible de s’en débarrasser un jour.
Quelconque artiste ne pouvant jamais vivre de son art dans la cinquième puissance économique mondiale, à dix sept ans, elle gagne sa vie comme comédienne et préserve son travail, le vrai. Encore qu’elle aurait pu embrasser d’autres arts ; le cinéma, comme réalisatrice, par exemple, “ Mais on est trop censuré †explique-t-elle pour justifier son absence de ce milieu.
Et puis, la peinture lui a, selon ses dires, sauvé la vie. Fréquenter des célébrités n’est pas toujours de tout repos, ni toujours de bon conseil. Ensuite, personne, sinon soi-même, ne peut réparer d’éventuels dégâts. Mais un artiste authentique, comme l’est Bénédicte Bucher, ne peut être détruit que par des causes externes. Et encore. L’adversité renforce les forts plutôt qu’elle ne les désarme.
Aussi les visages de Bucher sont-ils empreints de joie, fût-elle retenue, comme soucieuse de se conserver – se préserver – elle-même.
Non contente d’être restée debout dans d’impitoyables combats, elle entend délivrer à tout le monde de “ bonnes ondes â€, susceptibles de créer une émotion, propre à renforcer la part d’humanité qui est en nous.
Car il est des époques où celle-ci s’estompe dangereusement et le peintre est là pour stimuler les autres à la vie. Démarche moins évidente qu’il n’y paraît. Le psychanalystes et quelques hommes de lettres ont suffisamment alerté sur la puissance de mort qui régit parfois les individus pour saluer comme il convient l’ascension vitale de Bénédicte Bucher. A cette fin, elle ambitionne de faire vibrer la lumière, de faire en sorte que la matière s’évanouisse dans la matière.
Ainsi éclate l’état d’âme, la tendresse, ce mystère qui veut que la vie soit cet hymne à l’existant qui ne peut défriser que les pisse-vinaigre. Car les adeptes de la pulsion de mort ne baissent jamais les bras, spécialement quand ils se sentent menacés dans les pouvoirs exorbitants qu’ils se sont octroyés dans les sociétés dites développées et où, là aussi, des personnes ont faim. Pas seulement faim de nourriture ; d’émotions aussi, d’art, même s’ils ne savent pas toujours le formuler. Car les outils pour ce faire ne sont toujours délivrés qu’aux nantis quand quiconque est capable de grandes émotions. C’est donc à quiconque que Bénédicte Bucher, qui utilise ses doigts pour impulser directement vie et lumière à ses visages et pay-sages, s’adresse. Parce que quiconque doit être la vie elle-même.
Patrice Fardeau, 11 Septembre 2003
Article paru lors de l’exposition « 30 ans de Peinture » du 10 au 14 octobre, à l’usine à bâches à Pantin.
